Quelques notes de lecture, en vrac.
L’industrie du bien-être est capitaliste et problématique, on le savait déjà, c’est la première moitié du livre, ça pose des constats pour qui en a encore besoin.
Dans la deuxième partie, autrement plus originale et intéressante, Camille Teste remarque que la haine du « bien-être » chez certains militants de gauche ressemble plus au grindset néolibéral qu’autre chose. Peut-être que la vision sacrificielle du militantisme nous en détourne bien plus que le yoga-chèvre, finalement !
Camille Teste compare les militants déterminés à des « moines soldats », et après mon mandat à Wikimédia France, je vois ce qu’elle veut dire. J’ai failli me présenter pour un deuxième mandat, pas par envie (j’étais épuisé) mais pour faire le « bon petit soldat » et ne pas avoir le sentiment d’abandonner la cause. Alors que la cause, quand on est en burnout, on ne l’aide pas, et c’est d’autant pire quand le burnout se traduit par une difficulté à coopérer et une propension à mettre une sale ambiance.
Un sujet auquel je n’avais jamais pensé de cette façon, ce sont les aménagements. « Si tel·le élève ne peut pas se mettre à genoux, [une prof de yoga] adaptera tout son cours pour que personne n’aie à se mettre à genoux ».
Je trouvais beau de faire des aménagements – mon corps et moi aimerions beaucoup en voir un peu plus. Mais le fait d’adapter le collectif, de sortir des contraintes individuelles et d’inclure vraiment tout le monde, c’est excellent. Je prône toujours le « curb effect » et j’avais pas pensé à ça dans ce cadre !
Des réflexions intéressantes sur l’appropriation culturelle aussi : ça m’a beaucoup rappelé une lointaine époque lors de laquelle je me disais qu’il faudrait que je « fasse shabbat », c’est-à-dire qu’un jour par semaine, je reste loin des technologies, du travail et des tentations du monde moderne pour réfléchir à ma vie dans un environnement propice à l’introspection. Au-delà de ne pas avoir grand-chose à voir avec le Shabbat religieux, pourquoi me sentais-je obligé de justifier cette pratique saine et plutôt normale par un emprunt à une culture qui n’est pas la mienne ?
J’ai toujours du mal à comprendre l’appropriation culturelle, déjà parce que je n’ai pas vraiment de culture qui me soit propre, ensuite parce que ce qui se rapproche de « ma culture » est souvent dominant, en dehors peut-être de l’accent québécois (que je n’ai plus depuis des décennies). C’est la première fois qu’un texte me donne une perspective qui me parle vraiment : pourquoi s’inventer une tradition et insulter une culture qui n’est pas la sienne, là où on n’avait de toute façon pas besoin de justification ?