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Petit manuel critique d’éducation aux médias

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Entretiens, retours d’expériences et analyses pour une lecture critique de la société et repenser la fabrique même de l’information. Coécrit par un collectif de journalistes et un collectif de chercheuses, ce livre met en avant les pratiques collectives et considère qu’il faut donner la parole à tout le monde.

Cet article se veut un résumé de ce qui m’a marqué dans le Petit manuel critique d’éducation aux médias. Il n’est pas exhaustif et n’a pas vocation à l’être.

Le Petit manuel critique d’éducation aux médias cherche à montrer ce que La Friche pratique et voudrait promouvoir, dans un contexte où 88% des Français·es sont favorables à l’éducation aux médias (sondage Kantar France commandé par La Croix). Mais comment définit-on l’éducation aux médias : comme une pratique émancipatrice, ou à une lecture «acceptable» des médias traditionnels ?

Le média participatif Carmen fait des archives sur les territoires d’Amiens : fêtes de quartier, débats avec des institutions, émissions radio animées par des gens ordinaires…
Le principe : on passe du temps avec le public cible et on l’écoute pour créer un contact durable et régulier. Au fur et à mesure, de plus en plus de monde veut participer aux émissions et a quelque chose à proposer, sans sujet imposé.

La pédagogie par le faire, remède à la verticalité ?

L’éducation aux médias et à l’information est portée d’un côté par les profs (surtout documentalistes) et de l’autre par les journalistes, médias participatifs et associations d’éducation populaire. Malgré les objectifs divergents, la méthode de la pédagogie par le faire est soutenue par à peu près tout le monde : faire produire un média, un reportage, etc. au public pour lui permettre de comprendre des mécanismes. Il s’agit d’une pédagogie engagée, qui a ses avantages mais manque encore d’un apprentissage de comment déconstruire les récits et représentations hégémoniques.

L’exemple d’une classe médias : un cours hebdomadaire dédié au monde de la presse. Les élèves qui se retrouvent dans cette classe expérimentale demandent le plus souvent d’abord à en partir, mais s’ils tiennent jusqu’à la première émission produite, ils sont vraiment impliqués dans le projet même s’ils étaient en difficulté jusque-là. Le problème, c’est qu’actuellement ça se repose sur le travail d’enseignant·es passionné·es, et pas sur un cadre et des moyens fournis par l’éducation nationale.

L’exemple de l’association Les lucioles du doc, en prison : les bénévoles organisent des projections et animent des ateliers de réalisation. Avec le temps, le projet s’est étendu en dehors des prisons, vers des écoles ou des maisons de quartier. L’idée est de faire vivre des documentaires là où on n’a pas l’habitude de les voir exister.

On a beaucoup de préjugés sur le fablab, qui est vu comme un truc de bobos. Mais certaines initiatives ont réussi à en faire un endroit accessible, ouvert et gratuit, où les gens viennent vraiment.

Un autre truc cool : des personnes qui participaient à des médias participatifs ou classes médias ont eu des possibilités de missions rémunérées pour la suite.

L’impact du numérique

Depuis les attentats de 2015, les nouvelles technologies ont pris de la place dans le débat public : les théories du complot ont circulé sur les réseaux sociaux, surtout chez les plus jeunes. Les profs se disent dépassés pour aborder le sujet, n’utilisant pas les nouvelles technologies de la même façon, mais les pouvoirs publics exigeaient des résultats tangibles. Depuis ces attentats et surtout Charlie Hebdo, on a beaucoup de résidences de journalistes dans les quartiers populaires : des journalistes qui s’installent pour plusieurs mois dans un quartier, généralement pour combattre la désinformation sur les réseaux sociaux.

On parle beaucoup des ados qui ne s’informent pas, mais pas grand-monde ne s’informait à quinze ans, et ce n’est pas un drame. Ce qui est étonnant, c’est que les journalistes en résidence découvrent une indifférence ou une confusion par rapport au journalisme, pas une opposition : les jeunes n’en comprennent pas les fonctionnements et l’intérêt. Ils font beaucoup plus confiance à leurs proches qu’aux journalistes, et s’informent beaucoup sur les réseaux sociaux : Le Monde (journal) et Konbini sont très présents sur Snapchat par exemple.

Le numérique est perçu comme un moyen innovant d’installer des dispositifs expérimentaux en éducation aux médias ; les pouvoirs publics cherchent à favoriser la production au détriment d’enjeux de transformation peu visibles et difficiles à évaluer. On se retrouve donc à devoir argumenter sans fin pour lancer un projet classique de journal ou de radio, et à devoir lancer des initiatives qui demandent beaucoup plus de moyens au niveau de l’équipement et des formations.

En parallèle, d’autres choix politiques cherchent à restreindre l’accès au numérique à cause des pratiques vues comme déviantes : cyberharcèlement, pornographie ou encore addiction à internet. Les réseaux sociaux, encensés il y a une dizaine d’années, sont maintenant vus de façon très négative.

Faire face au risque de récupération

On a bien compris que l’éducation aux médias est essentielle, mais il faut faire attention : certaines personnes la conçoivent comme un outil d’émancipation, d’autres comme un outil de normalisation qui chercherait à orienter les gens vers une «bonne manière» de s’informer.

De nombreux projets d’EMI sont financés par des crédits dédiés à la lutte contre la radicalisation. Ce cadre symbolique doit être critiqué, parce qu’il suggère que les quartiers populaires sont plus exposés à ces risques et moins «républicains», alors qu’on n’a vu aucun profil type des personnes attirées par les théories du complot. Après une campagne du front national, une radio à Roubaix a par exemple perdu ses subventions à cause d’un prosélytisme supposé dans une émission qui recevait des théologiens, dont des imams, pour parler du Coran. Pourtant, de nombreuses associations catholiques reçoivent des subventions publiques sans problèmes, et l’équivalent catholique de cette émission, Le jour du Seigneur, appartient au service public.

Un autre financement vient des partenariats, qui peuvent parfois renforcer des logiques de performance et des commandes précises, alors que le but est de bricoler et d’expérimenter sur la durée.

Les médias participatifs de quartier ont donc la possibilité de se transformer, plutôt qu’en outil d’empouvoirement, en chambre d’écho de l’impuissance des habitant·es, dont le travail est ignoré et définancé. Le journal peut alors être vu comme une façon de lutter quand même, mais il perd son potentiel d’améliorer ici et maintenant la vie du quartier.

Réappropriation de la parole médiatique par des publics négligés

La méfiance des habitant·es des quartiers populaires vient aussi du mauvais traitement médiatique fait à leur habitat : iels pointent les médias comme un des principaux responsables des discriminations subies.

Dans Médiactivistes, Dominique Cardon & Fabien Granon désignent deux types de critique des médias :

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