Aujourd’hui, je fais un passage express de quelques heures à Lyon. Je fais souvent des passages express de moins de 48 heures à Paris. Il m’est arrivé d’aller à San Francisco ou à Abidjan pour trois jours, et je vais à Porto en décembre pour trois jours là aussi.
Pendant mes longues heures de voyage, je lis des classiques de la littérature. Et dans les romans de Jane Austen et d’Anne Brontë, je suis frappé du rythme des voyages. On part rendre visite à des proches, qui se lamentent parce qu’on n’est resté que quatre semaines au lieu des six prévues. Agnès Grey s’inquiète, parce qu’elle a trouvé un travail à soixante-dix milles de chez elle et qu’elle ne s’était encore jamais éloignée de plus de vingt ; Elizabeth Bennett fait scandale parce qu’elle a parcouru trois milles à pied et qu’elle refuse de rester un troisième jour sur place pour s’en remettre.
Ça fait un voyage sur le temps long, et en même temps, un voyage en miniature. (Il fallait que j’y arrive, au thème.)
Récemment, on m’a proposé de se voir à Grenoble ou à Chambéry, et mon réflexe a été « cool, je peux aller à Chambéry à vélo et rentrer en train le soir ». Le voyage de 45 minutes de train devient une demi-journée à vélo, l’aller-retour en quelques heures devient une aventure entière. J’aurais même pu dormir sur place et faire le trajet retour à vélo aussi, tiens.
J’ai de la chance : mon travail, si encore on considère que j’en ai un, se fait derrière un ordinateur. Je n’ai aucune intention de devenir digital nomad ; au contraire, je me réjouis de pouvoir enfin arrêter les traversées du pays pour trois jours et d’enfin participer à ma ville, d’avoir un tissu social local, de m’engager politiquement et associativement pour le milieu dans lequel je vis. J’ai le sentiment de miniaturiser mon existence, et ça me fait très plaisir.
Mais quand même, je voyage (surtout pour Wikimédia), et j’ai envie de m’inspirer de la petite bourgeoisie du dix-neuvième siècle et de faire ces voyages sur un temps plus long. Peut-être que mon prochain Grenoble – Paris peut se faire en TER, avec des petites visites à chaque correspondance. Et pourquoi pas à vélo, même ? Et si la jonction pour Porto est déraisonnable en train, une région un peu mieux desservie pourrait être prétexte à un long voyage… et bien sûr, à passer plus de temps sur place. Si on ne peut pas miniaturiser un voyage, alors on peut certainement miniaturiser les journées et les étapes qui le composent.